Asset Management (AM)

La croissance mondiale fait de la résistance

Lettre macroéconomique

Paris, le 3 novembre 2026

Par Emmanuel Auboyneau, gérant associé

Entre les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et en Ukraine et les incertitudes politiques, aux États-Unis et en France notamment, les motifs d’inquiétude ne manquent pas pour l’économie mondiale et pour les marchés financiers. La remontée du pétrole et la hausse des taux d’intérêt sont à ce stade les principaux effets de ces agitations. Les marchés actions sont quant à eux préservés grâce à de bonnes publications de résultats même si la volatilité s’accroit, notamment pour le secteur de l’Intelligence Artificielle.

La croissance mondiale reste étonnamment robuste dans cet environnement tumultueux. Aux États-Unis elle est même plus forte qu’anticipé, surtout si on isole l’effet très défavorable du commerce extérieur et des stocks. Les ventes au détail et la consommation surprennent en dépit d’un moral morose des consommateurs. L’activité industrielle poursuit sa trajectoire solide, en partie grâce à une forte production d’énergie. L’investissement contribue toujours positivement, aidé par les besoins très importants du secteur digital. Le marché du travail en revanche donne des signes contradictoires et il semble plus difficile de trouver un emploi aux États-Unis qu’il y a encore quelques mois. Cette relative faiblesse est compensée par une augmentation de la durée du travail qui participe positivement à l’activité. Les feux de la croissance sont donc presque tous au vert, ce qui est assez remarquable compte tenu de l’environnement géopolitique.

L’inflation américaine subit les effets de la hausse du pétrole et navigue à des niveaux notablement supérieurs à l’objectif de 2%. La Réserve Fédérale reste attentive à l’évolution des prix et notamment aux effets de second tour indépendants de la seule hausse de l’énergie. Une ou deux hausses des taux supplémentaires sont possibles dans les mois qui viennent, même si l’évolution des conflits iraniens et ukrainiens pourrait changer la donne.

La croissance chinoise devrait s’établir à 4,5% en 2026 et ne donne pas de signe tangible de ralentissement. Mais c’est une croissance largement déséquilibrée, dopée par un commerce extérieur très excédentaire et au contraire ralentie par une activité interne plus faible. Cet excédent commercial pose un problème aux principaux concurrents de la Chine. Donald Trump a essayé, en vain, de le contrer en instaurant des droits de douane importants. L’Europe est également confrontée à ce problème de déséquilibre et réfléchit à des réponses futures. La Chine essaie de son côté de relancer sa croissance interne mais se heurte à ce jour au moral défaillant du consommateur chinois. Le pays dispose de marges de manœuvre monétaires et budgétaires qu’il n’a pas encore pleinement utilisées.

En Europe la situation est plus contrastée. On remarque un frémissement de l’économie allemande qui devrait croître de 0,7% en 2026 après plusieurs années de stagnation. L’Espagne garde des niveaux d’activité supérieurs à 2,5% alors que l’Italie semble quelque peu marquer le pas. Mais c’est bien la France qui est actuellement l’élève malade du continent. La France est à l’arrêt du fait de blocages politiques empêchant la moindre réforme et menaçant même l’adoption d’un budget pour 2027. Les six prochains mois seront sans doute compliqués, entre tensions sociales, incertitudes politiques et difficultés financières. Les taux d’intérêt français ont subi l’effet de cet environnement, l’emprunt à 10 ans dépassant les 5%. La non-dégradation de la note française par Moody’s a permis aux taux français de refluer provisoirement mais la France reste sous surveillance.

Nous n’avons pas modifié significativement nos allocations dans nos différents mandats. La publication des résultats du troisième trimestre commence bien et nous conforte dans nos choix. Les valeurs digitales, qui avaient subi un repli significatif ces dernières semaines, semblent se reprendre du fait de la qualité de leurs résultats. Nous restons par ailleurs sous-pondérés sur la France du fait des incertitudes nombreuses.

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