La France est en train de payer cash sa crise de confiance
Commentaire d’Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse des marchés pour etoro
Ce matin, le CAC 40 a inscrit un plus bas depuis le 31 mars. L’indice parisien recule désormais d’environ 4 % depuis le début de l’année, contre une progression de 13 % pour le S&P 500 et de 6,5 % pour le Stoxx 600. Ce décalage traduit une défiance croissante envers les perspectives françaises.
La composition du CAC 40 et l’activité internationale de ses entreprises peut expliquer une partie des différences avec les autres indices. Mais les tensions budgétaires françaises ajoutent un facteur de fragilité, les investisseurs s’interrogeant sur les conséquences du redressement des comptes publics pour les bénéfices futurs.
Il existe un cercle vicieux qui nourrit les inquiétudes des marchés. L’augmentation du coût de la dette et la hausse du déficit s’auto-alimentant. Elles réduisent ainsi les marges de manœuvre budgétaires et augmente les efforts nécessaires pour contenir le déficit. Or, un ajustement trop brutal pourrait et devrait freiner la croissance, et limiter les recettes fiscales, ce qui compliquerait encore plus le redressement du pays.
Pour les entreprises, les conséquences peuvent devenir très concrètes. Des restrictions budgétaires risquent d’affaiblir la demande intérieure, tandis que des prélèvements supplémentaires réduisent les bénéfices disponibles. Le maintien envisagé de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises illustre cette pression. La répétition d’une mesure présentée comme temporaire entretient également l’incertitude fiscale, au moment où les dirigeants ont besoin de visibilité pour investir.
Les banques françaises sont particulièrement exposées. Leurs détentions de dette souveraine les rendent sensibles aux tensions obligataires, tandis que leur activité dépend aussi de la capacité des ménages et des entreprises à emprunter. Les trois principales banques françaises les moins bien valorisées par les investisseurs en Europe.
Cette combinaison de facteurs peut justifier une décote boursière. Les investisseurs deviennent plus prudents sur les bénéfices attendus des entreprises et exigent une rémunération accrue du risque. Le franchissement des 150 points de base d’écart entre les taux français et allemands montre combien cette défiance s’est renforcée. Les entreprises les plus dépendantes du marché français apparaissent particulièrement vulnérables.
Pour retrouver la confiance, la France devra présenter une trajectoire budgétaire crédible à moyen terme. La manière de réduire le déficit compte autant que l’objectif affiché. Un redressement lisible, qui préserve la capacité d’investissement des entreprises, pourrait réduire la prime de risque. À l’inverse, un ajustement reposant excessivement sur des mesures fiscales ou des restrictions budgétaires, sans perspective durable à long terme, pourrait prolonger la sous-performance française.

