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Pourquoi le PIB ne suffit plus à évaluer la puissance des nations

Pendant des décennies, le produit intérieur brut a servi de boussole universelle. Plus un pays produisait de richesse, plus il était considéré comme « développé ». Cette lecture simple, presque mécanique, structure encore largement les institutions internationales, des agences de notation aux organisations commerciales. Mais au XXIe siècle, ce thermomètre apparaît de plus en plus insuffisant…nnC’est le constat posé par le nouveau rapport de SKEMA Publika, le think tank de SKEMA Business School, consacré à la manière de « mesurer le développement au XXIe siècle ».nnA travers une comparaison entre la Chine, les États-Unis et la France, les auteurs* proposent une refonte profonde des critères permettant d’évaluer la maturité réelle des économies contemporaines.nnLa fin de l’opposition « pays développés » / « pays en développement »nnLe point de départ est géopolitique. Lorsque la Chine a annoncé en 2025 renoncer à certains avantages liés à son statut de « pays en développement » à l’OMC tout en continuant à revendiquer cette qualification, une contradiction majeure est apparue au grand jour.nnComment la deuxième puissance économique mondiale peut-elle encore relever de cette catégorie ? A l’inverse, certaines économies officiellement « développées » affichent désormais des fragilités budgétaires, industrielles ou sociales profondes.nnPour les auteurs, dont Amaury Goguel, professeur de Finance et directeur du MSc Financial Markets & Investments sur le campus de SKEMA à Raleigh « les catégories binaires héritées du XXe siècle ne permettent plus de comprendre des économies devenues hybrides. Un pays peut aujourd’hui être technologiquement avancé tout en restant vulnérable financièrement. Ou disposer d’une puissance manufacturière majeure avec un revenu par habitant encore intermédiaire. »nn« Le développement ne peut plus être réduit à une photographie statique du revenu moyen », souligne le rapport.nnUn nouvel indice fondé sur la résiliencennLa proposition centrale du rapport consiste à remplacer l’approche fondée sur un indicateur unique par une grille plurifactorielle.nnConcrètement, les auteurs construisent un indice articulé autour de dix critères économiques et financiers : niveau de vie, inflation, croissance, productivité, balances extérieures, réserves de change, soutenabilité de la dette, accès aux financements internationaux, puissance commerciale ou encore sophistication industrielle.nnL’objectif n’est plus seulement de mesurer la richesse produite, mais la capacité d’une économie à :nn-          Absorber les chocs ;nn-          Financer son développementnn-          Maintenir sa stabilité ;nn-          Préserver sa souveraineté économique ;nn-          Transformer durablement la croissance en prospérité.nnAutrement dit : la résilience devient aussi importante que la richesse elle-même.nnLes Etats-Unis, puissance « frontière »nnL’étude dessine trois modèles économiques distincts.nnLes Etats-Unis apparaissent comme une « économie frontière systémique », portée par une domination monétaire et financière sans équivalent. Le dollar permet à Washington d’absorber des déséquilibres qui seraient intenables ailleurs : dette élevée, déficits massifs ou inflation plus volatile.nnLe rapport nuance toutefois cette suprématie. Le niveau de richesse américain reste exceptionnel, mais sa conversion en résultats sociaux homogènes apparaît moins efficace qu’en Europe.nnLa France, économie mature mais sous contraintennLa France incarne, elle, une économie avancée « mature ». Le rapport souligne sa capacité à transformer relativement efficacement la richesse en résultats sociaux, notamment grâce à ses mécanismes de redistribution et à la qualité de ses infrastructures publiques.nnMais cette stabilité s’accompagne d’une dynamique productive plus modérée et d’une autonomie stratégique partiellement mutualisée à l’échelle européenne.nnLa France apparaît ainsi moins comme une puissance dominante que comme un modèle d’équilibre institutionnel.nnLa Chine, une puissance hybridennC’est sans doute la Chine qui cristallise le mieux les limites des classifications traditionnelles.nnLe rapport décrit Pékin comme une « économie avancée hybride et systémique ». Sa puissance manufacturière et sa sophistication industrielle rivalisent désormais avec celles des grandes économies développées. Mais son développement financier, institutionnel et social reste inachevé.nnLes auteurs insistent notamment sur les déséquilibres du modèle chinois : dépendance à l’investissement, surcapacités industrielles, faible consommation intérieure ou encore risques déflationnistes.nnAutrement dit, la Chine n’est plus vraiment un pays émergent, sans être encore totalement une économie développée au sens classique du terme.nnUne réflexion qui dépasse les statistiquesnnAu-delà des chiffres, le rapport soulève une question stratégique majeure : les institutions internationales peuvent-elles encore fonctionner avec des catégories devenues obsolètes ?nnPour les auteurs, continuer à raisonner uniquement en termes de PIB ou de revenu par habitant revient à ignorer les nouvelles lignes de fracture du capitalisme mondial : souveraineté technologique, dépendance financière, résilience industrielle ou capacité d’adaptation face aux crises climatiques et géopolitiques.nnLe développement, concluent-ils, n’est plus un état figé mais une trajectoire multidimensionnelle, faite d’arbitrages entre puissance, stabilité et cohésion.n

nnAccès au rapport « Mesurer le développement économique au XXIe siècle » :nnhttps://publika.skema.edu/fr/mesurer-developpement-economique/nn nn

n*Auteurs du rapport : Amaury Goguel, professeur à SKEMA et directeur du programme MSc Financial Markets & Investments, SKEMA Raleigh ; Thomas Deconstanza, docteur en langue et littérature slave ; Sean Scull & Grégoire Kraoul-Riera, rédacteurs.nnA propos de SKEMA Publika :nnThink tank international de SKEMA Business School, SKEMA Publika analyse les grandes mutations sociales, économiques, technologiques et géopolitiques pour éclairer la décision publique et privée. Sur la base des travaux de l’école et de contributions extérieures validés scientifiquement, le think tank alimente le débat public et émet des recommandations pour les décideurs nationaux et internationaux. www.publika.skema.edu.nn 

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