Thu. Jul 18th, 2024

Par Laetitia Baldeschi, Juliette Cohen et Bastien Drut – Équipe Études et Stratégie, CPR AM

 

L’ampleur de l’épidémie de Coronavirus dépasse
aujourd’hui largement le scénario de risque envisagé
début mars par l’OCDE, qui consistait en une croissance
mondiale amputée de 1,5% en 2020. L’OCDE comme le
FMI tablent désormais sur une baisse du PIB mondial en
2020. Aujourd’hui, plus de 40% de la population mondiale
est confinée et il semble probable que la plupart des
pays subiront des confinements d’au moins 2 mois.
L’OCDE estime que chaque mois de confinement coûte en
moyenne 2 points de croissance mondiale avec des effets
différenciés selon les pays. En France, l’INSEE estime
qu’un mois de confinement coûte 3 points de croissance
du PIB en rythme annuel.
L’effondrement de l’activité dans les services, d’habitude
plus résilients en période de contraction de la croissance,
est sans précédent. Les enquêtes de conjoncture menées
en mars en Europe comme aux États-Unis ou au Japon
montrent que la chute d’activité dans le secteur des
services est bien plus forte que celle observée lors de la
grande crise financière de 2008-2009. Les indicateurs PMI
services dans ces pays ont atteint respectivement 28,4,
39,1 et 32,7 en mars chutant de près de 20 points. Dans
l’industrie, la contraction de l’activité est comparable à
celle observée en 2008 mais celle-ci devrait s’accentuer
avec les perturbations des chaines de production et l’arrêt
de certaines activités non stratégiques. Le rebond de
l’activité ne semble envisageable qu’au 4ème trimestre.

QUELLES SONT LES PRIORITÉS DANS LA GESTION DE LA CRISE ?

La crise sanitaire exige d’abord de renforcer les mesures
de confinement et les moyens des systèmes de santé.
Face à la crise économique qui l’accompagne, l’objectif
prioritaire des gouvernements comme des banques
centrales est d’empêcher que la crise n’ait un impact
durable. Pour cela, il s’agit d’éviter une crise de crédit
entrainant une hausse des faillites d’entreprises ainsi
que la multiplication des licenciements secs, tous deux
obérant la capacité de rebond de l’activité post crise
sanitaire.

DES RÉPONSES RAPIDES ET ADAPTÉES

Dans ce contexte inédit, la plupart des gouvernements ont
pris très rapidement des mesures budgétaires d’urgence
pour des montants qui dépassent déjà le stimulus de 2009
et qui vont aller croissant. Le G20 du 26 mars a ainsi évalué
les mesures budgétaires prises par ses participants à
4 800 Mds $ !
Aux États-Unis, le congrès a voté son 3ème plan de soutien
budgétaire, le CARES (Coronavirus Aid, Relief, and
Economic Security) dont le coût est estimé à 2 000 Mds $.
Il comprend des envois de « chèques » de 1 200 $ par adulte
et 500 $ par enfant (avec des conditions de revenu), un
programme de prêts aux PME de 367 Mds $, un programme
de prêts de 500 Mds $ pour les grandes entreprises, les
villes et les États, une enveloppe de 130 Mds pour les
hôpitaux, une enveloppe de 150 Mds pour les fonds de
stimulus locaux et une amélioration de l’indemnisation
chômage. Comme les États-Unis ne disposent pas de
mécanisme de chômage partiel, les licenciements ont déjà
conduit à une augmentation de près de 3,3 millions des
inscriptions à l’assurance chômage la semaine du 16 mars.
En Europe, la Commission a tout de suite assoupli les
règles du Pacte de Stabilité et de Croissance pour
permettre une hausse des déficits publics. Près de 350 Mds €
de dépenses d’urgence, soit plus de 2 % du PIB
européen, ont d’ores et déjà été adoptées ainsi que des
mesures de financement des entreprises pouvant aller
jusqu’à 13% du PIB, soit plus de 16 000 Mds €. L’Allemagne
a fait jouer la clause des « circonstances exceptionnelles »
pour permettre un défi cit public en 2020 et un recours à
l’endettement au-delà de 0,35% du PIB.
Ces plans budgétaires possèdent de nombreux points
communs : moyens renforcés pour le chômage partiel,
aides pour les indépendants et les PME, reports des
cotisations sociales et des impôts… A cela s’ajouteront
des plans d’investissement de moyen terme qui devraient
être conséquents. Les défi cits des pays développés
vont donc très fortement augmenter : l’incertitude
sur la capacité des États à fi nancer ces défi cits serait
déstabilisatrice et c’est en partie sur ce point que les
banques centrales étaient attendues.
Au cours des dernières semaines, les banques
centrales des pays développés ont pris des mesures
d’assouplissement monétaire avant même de constater
de mauvais chiffres économiques. Les baisses de taux
directeurs font que ceux-ci sont désormais à zéro ou
négatifs dans tous les pays développés du monde.
A la différence des crises de 2008 et 2011, les banques
centrales ont tout de suite fait en sorte de maintenir
des conditions de fi nancement très accommodantes aux
gouvernements, en maintenant les taux longs très bas.

La Fed a initialement annoncé une enveloppe d’achats de
500 Mds $ de titres du Trésor et de 200 Mds $ de MBS
sans calendrier précis. La Fed a annoncé le 23 mars qu’elle
achèterait autant de titres du Trésor et de MBS que
nécessaire pour « soutenir un fonctionnement de marché
satisfaisant et une transmission de la politique monétaire
effi cace pour l’économie ». Sur la semaine allant du 16 au
20 mars, la Fed a acheté 275 Mds $ de titres du Trésor, puis
375 Mds $ la semaine suivante, rythme bien supérieur à ce
qui avait été observé lors des précédentes opérations de
QE.
La BCE a lancé un nouveau programme d’achat de titres
publics et privés intitulé le PEPP (Pandemic Emergency
Purchase Programme). Il porte sur 750 Mds € et vient
s’ajouter aux programmes existants (20 Mds € d’achats de
titres mensuels + une enveloppe de 120 Mds € d’achats de
titres annoncée précédemment). Au total, l’Eurosystème
achètera 1 050 Mds € de titres d’avril à décembre 2020
(soit environ 9% du PIB de la zone euro). Surtout, la BCE a
annoncé une dérogation pour les obligations grecques et
de la « fl exibilité » dans l’application de la règle de la clé de
capital, qui permet d’écarter au moins temporairement le
spectre d’une nouvelle crise de la zone euro. En moyenne,
la BCE achètera pour plus de 110 Mds € par mois d’ici
décembre, un rythme jamais observé jusque-là (au plus, la
BCE a acheté 80 Mds par mois).

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