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PIB T3 2026 : la France recule, les prix s’envolent

Par Lucile BEMBARON, économiste chez Asterès

La France repasse dans le rouge. Le PIB recule de 0,1% au troisième trimestre 2026, après avoir stagné au printemps. Ce repli intervient alors que l’inflation accélère à 3,4% sur un an en octobre et que l’emploi salarié privé perd 25 900 postes. La combinaison d’une activité atone, de prix en hausse et d’un marché du travail qui se dégrade fragilise les perspectives de fin d’année.

Un seul moteur tourne encore, mais reste fragile : la consommation. Les ménages dépensent davantage (+0,4%), mais une partie de ce sursaut tient à la facture énergétique, ce qui en fait davantage une dépense subie qu’un véritable relais de croissance. Dans le même temps, l’investissement continue de reculer, chez les entreprises comme chez les ménages, et les exportations décrochent, retirant 0,6 point à la croissance. Résultat : l’acquis de croissance pour 2026 n’est plus que de 0,2%. Faute de rebond au quatrième trimestre, l’économie française terminerait l’année quasiment à l’arrêt.

1. Le chiffre du T3 : les ménages tiennent, les exportations lâchent

Le PIB recule de 0,1% au T3 2026 : la récession technique est évitée de justesse, grâce au 0% du printemps. La consommation des ménages résiste et accélère légèrement (+0,4%, après +0,2%), mais cette progression reste fragile. Elle s’explique notamment par un rebond de la consommation d’énergie (+1,2%, après -2,0%), en particulier d’électricité, qui relève davantage de besoins contraints que d’un regain de confiance des ménages. Le recul de la consommation en septembre (-0,5 %) confirme cette fragilité. La hausse des achats de voitures électriques constitue toutefois un signal positif pour l’industrie automobile et contribue à soutenir la consommation. De leur côté, les dépenses de consommation des administrations publiques poursuivent leur progression (+0,3 %).

Le coup de frein vient de l’extérieur et de l’investissement : les exportations chutent de 1,7%, plombées par l’aéronautique, alors que les importations restent stables. L’investissement ne prend pas le relais : celui des entreprises recule pour le quatrième trimestre d’affilée (-0,4 %).

2. Une économie à l’arrêt, des vents contraires qui se renforcent

L’acquis de croissance pour 2026 tombe à 0,2%. Autrement dit, si le PIB stagnait au quatrième trimestre, la croissance de l’année se limiterait à 0,2 %, après 0,9% en 2025. Pour faire mieux, il faudrait un net rebond en fin d’année, un scénario peu probable alors que le climat des affaires et la confiance des consommateurs restent sous leur moyenne en octobre. À ce rythme, la croissance ne peut apporter qu’un soutien limité au redressement des finances publiques.

L’inflation accélère à 3,4% sur un an en octobre, après 3,1% en septembre. Cette poussée est principalement portée par l’énergie, dont les prix augmentent de 24,1% sur un an, notamment sous l’effet du gaz et des produits pétroliers. Elle pèse sur le pouvoir d’achat et réduit les marges de manœuvre des ménages.

Le crédit reste cher, et l’investissement des entreprises comme des ménages plonge. Le taux à 10 ans français tourne autour de 4,9%, du jamais-vu depuis 2002. En cause, moins la BCE que la défiance des investisseurs : instabilité politique et sociale, finances publiques dégradées et présidentielle en vue font grimper la prime de risque sur la dette française, qui se diffuse à tout le crédit. L’investissement recule ainsi de 0,4% chez les entreprises et de 1,3 % chez les ménages au T3. L’immobilier est le secteur le plus touché par la hausse des taux : les transactions dans l’ancien reculent encore et la construction baisse pour le troisième trimestre consécutif. Dans ce contexte, les défaillances d’entreprises demeurent élevées (70 766 sur 12 mois, près de 20% au-dessus de la moyenne de 2010-2019), ce qui incite les entreprises à différer les projets.

Le marché du travail continue de montrer des signes de faiblesse. L’emploi salarié privé diminue de 0,1% au troisième trimestre (−25 900 postes), après un précédent trimestre déjà orienté à la baisse, et de 0,3% sur un an. Le nombre de demandeurs d’emploi augmente parallèlement de 0,9% au T3. Entre visibilité réduite sur la demande, incertitude politique, coût du financement élevé et impact de l’IA, les entreprises restent prudentes dans leurs décisions d’embauche et d’investissement.

Pour sortir de cette tendance, la France a besoin d’une croissance solide. Elle rassurerait les marchés sur la soutenabilité de la dette, réduirait la prime de risque sur les emprunts français et allégerait, à terme, la facture de financement de l’État comme des entreprises. Encore faut-il qu’elle repose sur des moteurs durables : investissement productif, industrie et innovation.

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