Commentaire d’Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse des marchés pour etoro
Depuis un mois, Wall Street avance à deux vitesses. Le Nasdaq 100 gagne 5,2 % et inscrivant au passage un nouveau record historique hier, tandis que le Russell 2000, qui rassemble les petites et moyennes capitalisations américaines, recule de 4,3 %. Comment expliquer un écart de pratiquement 9% en seulement un mois?
La hausse des taux obligataires constitue une première explication. Le rendement américain à dix ans a atteint 5,34 % le 5 octobre. Pour les petites sociétés, un financement plus coûteux réduit les marges et complique les investissements. Leur endettement comporte également davantage de prêts à taux variables, ce qui accélère la transmission des taux élevés à leurs charges financières. Elles disposent donc de moins de latitude pour absorber ce durcissement.
Les grandes entreprises technologiques bénéficient elles, pour beaucoup, d’une situation différente. Leur capacité à générer de la trésorerie leur permet de financer une partie importante de leur développement. Surtout, les dépenses consacrées à l’intelligence artificielle entretiennent des perspectives de croissance que les investisseurs jugent encore suffisamment solides pour compenser la pression exercée par les taux sur les valorisations.
Il serait néanmoins réducteur de présenter cette progression comme un simple engouement spéculatif. Les résultats des entreprises ont aussi soutenu la dynamique du Nasdaq. Le marché semble considérer que les bénéficiaires de l’IA peuvent continuer à accroître leurs profits malgré un environnement financier moins favorable. Cette conviction devra toutefois être confirmée lors des prochaines publications pour le quatrième trimestre qui vont intervenir dans quelques semaines.
Le Russell 2000 reste davantage exposé aux conditions économiques domestiques. Le coût du crédit pèse sur les entreprises, mais également sur leurs clients. Une consommation plus hésitante ou des projets d’investissement différés peuvent ainsi fragiliser leurs perspectives commerciales, au moment même où leurs charges financières augmentent.
Enfin, la composition des indices amplifie cette divergence. Le poids des plus grandes sociétés, comme les sept magnifiques, dans le Nasdaq 100 permet à quelques locomotives de porter l’indice vers des sommets. Ça été le cas de Microsoft qui a inscrit hier, un nouveau sommet annuel ou de NVIDIA qui vient d’atteindre une valorisation inédite, proche des 5800 milliards de dollars ! Ces records ne signifient toutefois pas que l’ensemble du marché américain partage la même dynamique. Au mois de septembre par exemple seulement 45 actions sur 100 du Nasdaq 100 étaient en hausse, soit moins de la moitié.
Cette divergence place les prochaines publications de résultats au cœur du jeu. Les grandes valeurs technologiques devront confirmer que la croissance de leurs bénéfices justifie la confiance des investisseurs. Pour les petites capitalisations, un rattrapage durable nécessitera des signes d’amélioration de leur rentabilité et des conditions de financement.


