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Grotius 0 – Trump 3 : match plus serré en vue avec la SCOTUS ?

Par Sébastien GrassetDirecteur Général – Directeur de l’Asset Management – Salamander & Auris Gestion

L’imperium américain et l’extraterritorialité des lois US n’ont rien de nouveau, mais l’« âge d’or » promis par Trump est, à ce stade, surtout celui de l’hégémon Oncle Sam. Dans le match entre cet impérium et le droit international, Trump mène au moins par trois buts à zéro contre Grotius (père du droit international public avec son œuvre de 1625 la plus célèbre De jure belli ac pacis). L’activation extensive de l’International « Emergency Economic Powers Act » (IEEPA) pour imposer des droits de douane quasi globaux laisse songeur. Les droits de douane sont d’ailleurs devenus un outil de pression géopolitique fort pour Donald Trump et les exemples sont légion.

Les opérations extérieures hors cadre onusien laissent perplexe même si les USA sont coutumiers du fait. L’opération « Détermination absolue » avec la capture de Nicolás Maduro et de Cilia Flores à Caracas, suivie de leur exfiltration vers New York, pose de sérieuses questions en matière de droit international même si l’idée que les États Unis « vont diriger » le Venezuela semble une déclaration exagérée de Donald Trump. Delcy Rodríguez (ex ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui chef de transition) a multiplié les prises de position dénonçant l’idée d’une tutelle extérieure, posture éclairée par son vécu familial (son père est mort sous la torture en 1976 alors que le pays était de fait sous l’emprise de Carlos Andrés Pérez, qui a fini sa vie à Miami…). Si l’intervention trumpienne en République bolivarienne du Vénézuéla est contraire au droit international, l’autoritarisme et les abus systématiques (tortures, disparitions…) du régime de Maduro, notamment après l’élection contestée de 2024, ne peuvent être ignorés.

Appliquant une doctrine Monroe débridée, sa doctrine « Donroe », Trump cherche à maîtriser une zone d’influence sur tout l’hémisphère occidental, sidérer avec des outils unilatéraux et punitifs (avec des bases juridiques contestables : IEEPA, section 232 du Trade Expansion Act 1962 et section 301 du Trade Act 1974), et contrôler des ressources stratégiques (comme les 303 milliards de barils de brut lourd et extra-lourd du Vénézuéla, dont l’exploitation reste coûteuse). Les tensions sur le Groenland participent de ce bafouement du droit international et même de l’ordre international. La maîtrise du « GIUK gap » (corridor maritime et aérien stratégique Greenland–Iceland–UK) est un enjeu. Pas certain néanmoins que le pilier nordique pèse lourd face à l’ogre Trump. Poussons le raisonnement : Trump pourrait-il un jour s’intéresser à la Guyane française, avec ses ressources minières et son pas de tir de Kourou, dans une logique de sécurisation élargie ? Troisième dans le classement des pays par réserves prouvées de pétrole (derrière le Vénézuéla et l’Arabie saoudite), l’Iran, sur laquelle les sanctions (US/ONU) se sont durcies en 2025, ne facilitant pas une trajectoire d’inflation à date supérieure à 40%, et aggravant la chute du rial et mécaniquement les protestations, est aussi dans le viseur de Washington, avec un risque sur une hausse du prix du baril en cas d’intervention.

Sur le « front » contre la Russie de Poutine, la « détermination absolue » semble moins musclée et pour cause. Les négociations piétinent avec une Russie, qui refuse tout compromis territorial et a intensifié ses frappes en recourant notamment aux fameux missiles Oreshnik. Les saisies des tankers Marinera et Sophia ne vont pas faciliter les discussions même si elles s’avèrent logiques.

Si Grotius encaisse un 0–3 sur la scène internationale, le match retour se joue à domicile et c’est au niveau de son ordre juridique interne que Trump subit le plus de résistance. D’abord, il doit faire avec l’opposition farouche de Jerome Powell attaché à l’indépendance de la FED et qui subit les assauts de la sphère MAGA. Dernier rebondissement, une enquête a été annoncée hier contre Powell visant de fausses déclarations au Congrès sur la rénovation du siège de la FED, sans inculpation à ce jour. Que de pressions exercées alors que la situation sur le marché américain de l’emploi, sur une ligne de crête, plaide en soi pour une baisse des taux directeurs ! Force est de constater que depuis le Liberation Day, le marché de l’emploi US stagne et la SCOTUS (Supreme Court of the United States), malgré une majorité de juges conservateurs, pourrait finalement, en déclarant les droits de douanes trumpiens illégaux, apporter indirectement un stimulus inattendu. Le 14 janvier, elle pourrait en effet rebattre les cartes et les prévisions économiques de bon nombre d’acteurs. Elle doit dire si l’IEEPA autorise, au regard du droit constitutionnel, des droits de douane globaux sans l’intervention du Congrès. Même en cas d’invalidation, l’administration Trump pourrait se replier sur la Section 122 du Trade Act 1974 (avec des droits de douane ≤ 15 % sur 150 jours et une prolongation via le Congrès). L’invalidation est le scénario central avec un impact positif anticipé sur les actifs risqués et notamment les marchés actions dont les secteurs des biens de consommation ainsi que les small caps. En  cas de remboursements exigés (150–200 Mds $), cet impact positif serait à contrebalancer avec une pression haussière sur les taux US.

La détermination absolue pourrait aussi se heurter au pouvoir judiciaire dans le cas Maduro, défendu par Barry Pollack, ténor du barreau et avocat de Julian Assange, qui pourrait aussi faire vaciller le juge Alvin Hellerstein, âgé de 92 ans…

Malgré des vents mauvais, la semaine écoulée a été positive : USA (S&P 500 +1,57 %, Dow +2,32 %, Nasdaq Composite +2,01 %, Russell 2000 +4,62 %), Europe (EuroStoxx 50 : +1,65%) et Chine (Shanghai Composite à +3,98 % ; volumes au plus haut en 4 mois). Les métaux précieux et industriels seront encore une thématique clé pour 2026 comme l’illustrent la progression de l’or, du cuivre et de l’argent depuis le début de l’année. A noter cette semaine : le CPI US pour décembre qui sera publié mardi 13 janvier, suivi du PPI et des ventes au détail les jours suivants. Nous suivrons avec attention également les publications de nombreuses banques américaines.

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