D’après Asterès, les attaques des Houthis sur des navires en mer Rouge accroîtrait l’inflation française en 2024 au maximum de 0,1 point. En prenant en compte la hausse du coût du fret maritime dû à ces attaques, leur impact sur le prix des importations et leur répercussion dans l’indice des prix à la consommation, Asterès estime que les attaques en mer Rouge conduiraient à une hausse de l’inflation française de 0,07 point en 2024. Les prévisions d’Asterès sont ainsi plus optimistes que celles d’autres instituts d’études économiques qui envisagent un impact inflationniste pouvant être dix fois plus important1.
Canal de Suez : Le trafic n’est pas totalement paralysé
Les attaques des Houthis n’ont pas bloqué le trafic maritime dans le canal de Suez. Depuis plusieurs semaines, les missiles lancés par les Houthis depuis le Yemen sur des navires commerciaux en mer Rouge ont réduit le trafic dans le canal de Suez d’environ 35 %2, mais cette voie commerciale stratégique reste empruntée par de nombreux navires.
La hausse du prix du fret maritime est bien moins marquée que celle de 2021. Au printemps 2021, la paralysie des chaînes de valeur mondiales (fort rebond de la demande de biens, ports chinois confinés) avait conduit à une multiplication par dix du prix moyen du transport maritime de conteneurs entre l’Asie et l’Europe. Puis, en 2022 et en 2023, les prix du transport maritime ont progressivement retrouvé leur niveaux d’avant la crise sanitaire. À la fin 2023, ils ont un peu plus que doublé3suite aux attaques des Houthis qui contraignent certains transporteurs à contourner l’Afrique par le Cap de Bonne-Espérance. En effet, contrairement à la situation de 2021, il s’agit « seulement » d’un blocage partiel du trafic dans le canal de Suez et non d’une paralysie mondiale des chaînes de valeur.
Le cours du pétrole n’a pas été impacté par les attaques en mer Rouge. Contrairement à ce qui a pu être craint, le prix du baril de pétrole ne s’est pas envolé du fait des attaques de navires marchands. C’est même le contraire qui s’est produit : le baril de brent, qui avait atteint plus de 90 dollars en septembre 2023, est à moins de 80 dollars depuis le mois de décembre.
Inflation en France : pas de conséquence notable
D’après les estimations d’Asterès, la hausse du coût du fret maritime depuis les premières attaques des Houthis accroîtrait l’inflation en France en 2024 au maximum de 0,1 point. L’hypothèse sur laquelle repose cette estimation est que le prix du fret maritime resterait au niveau atteint en ce début janvier toute l’année 2024 et que, comme c’est le cas jusqu’à présent, les attaques en mer Rouge ne conduiraient pas à une hausse du prix du pétrole.
Le prix des produits importés depuis l’Asie augmenteraient de 1,3 %. À partir d’une estimation de hausse de prix des importations depuis l’Asie observée en 20214, Asterès estime que la hausse moyenne du prix des produits importés en France depuis l’Asie (car le canal de Suez concerne avant tout le commerce Europe-Asie) serait d’environ 1,3 %.
Le prix moyen des biens manufacturés en France augmenterait de 0,3 %. Asterès a considéré que toutes les importations de biens depuis l’Asie correspondent à des biens de consommation finale et que l’intégralité de la hausse de coût de transport sera répercutée au consommateur final (deux hypothèses qui conduisent vraisemblablement à sur-estimer l’impact inflationniste des attaques). En considérant la part des importations de biens depuis l’Asie rapportée au total de la consommation des ménages Français en biens, il en résulte que le prix moyen de l’ensemble des biens en France augmenterait de 0,3 % en 2024 du fait des attaques en mer Rouge.
La prise en compte de la part des biens dans le total de l’indice des prix à la consommation permet d’estimer un impact sur l’inflation totale. Les biens (manufacturés et alimentaires) représentent environ le quart du total de l’indice des prix à la consommation. Il en résulte que, au vu des hypothèses conservatrices mentionnées précédemment, les attaques en mer Rouge conduiraient à une hausse de l’inflation en France en 2024 de 0,07 point.
La punchline de la semaine
« Tous les navires Maersk devant transiter par la mer Rouge et le golfe d’Aden sont détournés vers le sud, autour du Cap de Bonne-Espérance, dans un avenir proche ».
Les attaques des rebelles Houthis continuent de perturber le commerce international.
Ce sont moins les coûts (finalement modestes) que les délais additionnels pour le transfert des marchandises qui sont problématiques. En contournant l’Afrique du Sud, le voyage entre l’Europe et l’Asie est prolongé de 10 à 20 jours en moyenne.
1 https://www.oxfordeconomics.com/resource/red-sea-shipping-attacks-add-to-inflation-risks/
2 https://bnnbreaking.com/huthi-rebel-attacks-disrupt-suez-canal-traffic-pose-economic-threat-to-egypt
3 https://terminal.freightos.com/freightos-baltic-index-global-container-pricing-index/