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Capture de Maduro: conséquence sur le secteur pétrolier

Par Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marchés chez eToro

L’année a débuté par un événement géopolitique particulièrement inattendu à savoir la capture par les États-Unis du président vénézuélien Nicolás Maduro. Alors que cette nouvelle risquait de faire craindre une hausse de la volatilité sur les marchés, il n’en est rien. Le pétrole a évolué d’à peine 1%, les actions ont légèrement progressé, les taux sont restés stables et le Vix reste cramponné autour de 15, seuil considéré comme peu inquiétant. Mais comment cela est-ce possible ? 

Même si le Venezuela détient 18% du stock de pétrole mondial (devant l’Arabie Saoudite 16%), il ne représente actuellement qu’environ 1 % de l’offre mondiale. Si le pays se stabilise et que les sanctions finissent par s’alléger, toute reprise de la production se fera progressivement sur plusieurs années. Cela introduit un risque de baisse à moyen terme pour le pétrole, car une offre supplémentaire viendrait s’ajouter à un marché déjà bien approvisionné.

En revanche, si l’instabilité perdure, les marchés mondiaux pourraient rester relativement protégés. Les précédentes mesures coercitives américaines ont déjà réduit les exportations vénézuéliennes sans pour autant entraîner de fluctuations de prix durables. Cela suggère qu’une grande partie du risque de perturbation est déjà intégrée aux cours, sauf en cas d’escalade plus générale.

Quelles sont les sociétés qui pourraient tirer profit de cette situation ? 

La première est Chevron qui demeure la seule grande compagnie pétrolière américaine présente au Venezuela grâce à une licence spéciale accordée par le Trésor américain. Elle exploite des champs et exporte du brut vénézuélien vers les États-Unis depuis 2025. Avec l’assouplissement des contraintes politiques et un plan d’investissement, Chevron serait idéalement positionnée pour étendre sa production et réparation d’infrastructures. L’action a pris plus de 5% le jour de l’annonce. 

Si l’approvisionnement en pétrole vénézuélien redevient plus régulier, même en faibles quantités, cela pourrait élargir les options des raffineurs et améliorer leur rentabilité. Pour les investisseurs, il s’agit d’une question de marge, et non de volume, car une reprise complète de la production vénézuélienne n’est pas nécessaire pour que cela ait un impact. 
Le brut lourd vénézuélien est généralement vendu à prix réduit et convient parfaitement aux raffineries américaines les plus performantes. Les raffineurs américains comme Valero, PBF Energy ou Phillips 66 devraient être les premiers à en ressentir les effets, grâce à de meilleures marges. Il s’agirait d’un avantage progressif et graduel, et non d’un bouleversement soudain du marché pétrolier mondial.

Même dans un scénario politique favorable, la reprise de la production pourrait prendre des années, et non des trimestres. Pour les investisseurs, l’exposition au secteur énergétique doit être envisagée sous l’angle de la solidité du bilan, de la discipline financière et de la diversification, plutôt que sous l’effet d’une perspective de reprise rapide au Venezuela.

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