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Quelle stratégie adopter face au risque géopolitique ?

par Claudia Panseri, Chief Investment Officer chez UBS WM France

Si l’actualité met souvent en avant chaque développement géopolitique, tous les événements n’ont pas un impact durable ou significatif sur les marchés financiers. Historiquement, les marchés réagissent surtout aux risques qui menacent directement l’approvisionnement énergétique mondial, perturbent les grandes routes commerciales ou impliquent des économies majeures. Par exemple, les tensions au Moyen-Orient — comme celles impliquant l’Iran — peuvent provoquer une forte volatilité sur les prix du pétrole, ce qui influence à son tour les anticipations d’inflation, les taux d’intérêt et la valorisation des actions à l’échelle mondiale. De même, l’instabilité au Venezuela, important producteur de pétrole, peut contribuer à l’incertitude sur les marchés de l’énergie, même si son impact global reste plus limité que celui des grands producteurs.

La situation au Groenland est plus nuancée. Si elle n’a pas de conséquences immédiates sur les marchés, son importance stratégique — liée à sa position géographique et à ses ressources minérales — pourrait influencer les tendances à long terme dans des secteurs comme la défense, les mines ou les technologies propres, notamment si les tensions s’aggravent ou entraînent des changements dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de minéraux critiques.

L’intérêt des États-Unis pour le Groenland découle de sa position stratégique essentielle du point de vue de la sécurité nationale, ainsi que de ses ressources minérales, notamment les terres rares. Les tensions actuelles doivent également être replacées dans le contexte de la volonté des ÉtatsUnis d’affirmer leur domination sur l’hémisphère occidental, telle qu’exposée dans la Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre. Dans ce contexte, nous envisageons trois scénarios possibles pour résoudre les tensions actuelles :

1.     L’administration Trump obtient un accès libre aux ressources et à l’implantation militaire sans acquérir le Groenland. Les États-Unis disposent déjà du droit d’étendre leur présence militaire au Groenland en vertu d’un accord de défense datant de 1951, et le Groenland s’est montré ouvert à un renforcement des activités commerciales américaines. Le Danemark et l’OTAN ont également exprimé leur volonté d’augmenter les investissements dans les infrastructures et les capacités de défense au Groenland. Cependant, Trump a récemment déclaré que « les pays doivent être propriétaires ; vous défendez la propriété, on ne défend pas des baux ». Cela suggère que des concessions de la part du Groenland et du Danemark, qui n’iraient pas jusqu’à accorder des droits souverains, pourraient ne pas suffire à satisfaire les exigences américaines.

2.     Les États-Unis obtiennent une (quasi-)souveraineté sur le Groenland par des moyens non militaires : ce scénario pourrait inclure des traités permettant aux États-Unis de contrôler pleinement certains territoires, ou un rapprochement entre le Groenland et les États-Unis après une éventuelle indépendance du premier, bien que cette voie puisse prendre plusieurs années.

3.     Les États-Unis déclarent le contrôle du Groenland, potentiellement appuyés par une présence militaire accrue (scénario écarté par le président Trump lors de son intervention à Davos) : les capacités militaires du Danemark et de l’UE seraient insuffisantes pour empêcher une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis soutenue par la force. Une telle action accentuerait les divisions au sein de l’OTAN et rencontrerait probablement une opposition interne aux États-Unis, notamment au Congrès.

Nous considérons que les tensions liées au Groenland ne remettent pas en cause notre vision globalement positive sur les actifs risqués, même si une volatilité accrue à court terme reste possible.

Quelle stratégie adopter face au risque géopolitique ? Pour les investisseurs, le défi consiste à distinguer le bruit médiatique des risques réellement susceptibles de faire bouger les marchés. La diversification reste la meilleure protection : conserver une exposition variée par régions, secteurs et classes d’actifs permet d’amortir les chocs inattendus. À court terme, les actifs traditionnellement considérés comme des valeurs refuges — tels quel’or ou le franc suisse — peuvent bénéficier des pics d’incertitude géopolitique. À l’inverse, les secteurs directement exposés aux zones de tension (énergie, défense, mines) pourraient connaître une volatilité accrue, voire offrir des opportunités.

En définitive, même s’il est important de suivre les évolutions géopolitiques, les décisions d’investissement doivent reposer sur une analyse rigoureuse, qui évalue à la fois la probabilité et l’impact potentiel de chaque risque, plutôt que de réagir à chaque actualité. Des revues régulières de portefeuille, des analyses de scénarios et un focus sur les fondamentaux de long terme sont essentiels pour naviguer dans les périodes d’incertitude accrue.

Quelles règles suivre pour construire un portefeuille résilient face au risque géopolitique ?

1.     Rester investi et éviter les réactions impulsives. Les chocs géopolitiques provoquent souvent de la volatilité à court terme, mais les marchés ont historiquement tendance à se rétablir rapidement.

2.     Diversifier le portefeuille. La diversification par classes d’actifs (actions, obligations, or, hedge funds) et par zones géographiques permet d’atténuer l’impact des risques spécifiques et d’augmenter la résilience du portefeuille.

3.     Intégrer l’or comme valeur refuge. L’or est recommandé comme couverture efficace contre les risques géopolitiques et l’inflation. Une allocation modérée peut renforcer la protection en période d’incertitude (Fig.1).

4.     Renforcer la liquidité et les obligations de qualité. Maintenir une poche de liquidité (cash, obligations de qualité) permet de faire face aux besoins immédiats et d’éviter de vendre des actifs en période de stress.

5.     Saisir les opportunités tactiques. Les corrections de marché liées à des événements géopolitiques peuvent offrir des points d’entrée attractifs pour renforcer l’exposition aux actifs de croissance (actions, matières premières, thématiques innovantes).

6.     Adapter l’allocation selon le contexte. Les secteurs liés à la défense, à l’énergie et à l’innovation (IA, infrastructures) sont souvent privilégiés en période de tensions géopolitiques.

7.     Se concentrer sur les fondamentaux. Les facteurs économiques (croissance, résultats d’entreprises, politiques monétaires) restent les principaux moteurs de performance à moyen terme, au-delà des soubresauts géopolitiques.

Fig. 1 – Les incertitudes géopolitiques renforcent l’attrait de l’or

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