Richemont sanctionné en Bourse, malgré des résultats satisfaisants

Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
La baisse d’environ 2 % de l’action Compagnie Financière Richemont à la mi-séance, malgré une croissance supérieure aux attentes du chiffre d’affaires (+11% vs 7,5% attendue), peut sembler paradoxale. Elle s’explique toutefois par un décalage classique entre qualité opérationnelle relative et attentes de marché élevées, notamment sur la question des marges.
Sur le fond, Richemont continue pourtant de mieux résister que la majorité du secteur du luxe face au ralentissement de la demande mondiale. Cette résilience repose largement sur son exposition dominante à la joaillerie haut de gamme, en particulier via Cartier. Les montres et les bijoux, sont souvent perçus par les clients fortunés comme une valeur refuge patrimoniale, là où la maroquinerie de luxe apparaît plus cyclique.
Cet avantage structurel est renforcé par un momentum de marque très favorable. Cartier bénéficie actuellement d’un regain de désirabilité notable. L’exposition médiatique via des célébrités internationales telles que Taylor Swift ou Timothée Chalamet contribue à entretenir l’attrait des collections de joaillerie et d’horlogerie, en particulier sur les segments les plus élevés, à forte valeur ajoutée.
Pour autant, le marché regarde aujourd’hui au-delà du chiffre d’affaires. La pression sur les marges liée à la hausse du prix des métaux précieux et à des effets de change moins favorables, tempère les anticipations sur la croissance des bénéfices futurs. Dans un contexte de valorisations déjà exigeantes, cette pression suffit à déclencher des prises de bénéfices, pour en titre qui reste sur deux très bonnes années boursières, +45% en cumulé.
La comparaison avec Brunello Cucinelli est éclairante. Le groupe italien a publié récemment des résultats jugés rassurants par les analystes, avec une communication volontairement prudente. Sa spécialisation dans des produits très haut de gamme (blousons en cachemire ou en vigogne) et son positionnement artisanal ont permis une publication « sans surprise », bien accueillie dans un marché devenu extrêmement sensible à la moindre déception.
En résumé, Richemont ne déçoit pas dans les chiffres de sa publication qui a été satisfaisante. Mais dans un secteur du luxe sous tension, la Bourse sanctionne davantage les signaux de pression sur la rentabilité que sur les succès de marque ou la croissance du chiffre d’affaires. La solidité de la joaillerie protège le groupe à moyen terme, mais à court terme, le marché reste focalisé sur les marges et la discipline financière.



