A la UneBourse

Malgré l’incertitude géopolitique, des vents favorables soufflent sur les marchés

Par Serge Pizem, Directeur général de Swiss Life Gestion Privée

Avant de s’intéresser aux perspectives pour 2026, quel événement retenez-vous comme le plus notable pour les marchés l’an dernier ?

S. Pizem : L’événement clé de l’année – dont les effets perdurent – me semble être la baisse du dollar. Il a reculé de 13,5 % par rapport à l’euro, ce qui a eu un impact majeur sur les rendements des placements des Européens. L’indice S&P 500 a certes gagné 17,8 % en dollar, mais, exprimée en euro, cette progression n’est plus que de 4 %. De même pour le Nasdaq qui gagne moins de 7 % en euro. En face, les indices européens ont connu une année solide, marquée par des performances bien supérieures à ce qui était attendu : l’Euro Stoxx 50 gagne 22 % dividendes réinvestis ; le Dax, 23 % ; le CAC 40, 14 % ; et l’Ibex espagnol bondit de 50 %. Cet effet lié aux devises s’est également matérialisé sur les actions japonaises (+14 % pour le Nikkei en euro contre 28 % en yen) ou encore chinoises (+11 % en euro contre 20 % en yuan). La baisse du dollar a en outre mécaniquement entraîné une envolée du cours de l’or : ce dernier étant libellé en dollar, toute variation de la devise est automatiquement compensée pour que la valeur intrinsèque de l’or reste stable.

Que faudra-t-il surveiller en 2026 au niveau macroéconomique ?

L’évolution de l’inflation américaine sera cruciale, car elle est au cœur des reproches formulés à Donald Trump par sa base électorale, alors que se profile le scrutin de mi-mandat cette année. Si l’inflation est aujourd’hui à 2,7 %, au-dessus de l’objectif de la Fed, son niveau est bien inférieur à l’envolée anticipée par les marchés au moment de l’annonce des hausses tarifaires au printemps. La politique commerciale de Donald Trump pourrait finalement avoir peu d’impact sur l’inflation. C’est en tout cas ce que mettent en avant deux études universitaires récentes qui s’intéressent aux hausses tarifaires américaines dans les années 1800 et 1930. Elles montrent que ce type de politique tend plutôt à réduire la demande et, par conséquent, à provoquer un ralentissement de la croissance. Celle-ci a déjà décéléré à 2,1 % en 2025, contre une moyenne de 2,6 % les quatre dernières années. Dans ce contexte, il faudra surveiller une éventuelle hausse du taux de chômage. Notons, enfin, que les tarifs douaniers réels ne sont pas aussi élevés que ce qui est affiché. Tous pays confondus, ils ressortent à 27 % en moyenne, mais si l’on tient compte des stratégies d’évitement mises en place par les pays les plus pénalisés – comme la Chine –, ce chiffre retombe à 15 %. Il faudra en outre suivre la décision de la Cour suprême sur la légalité de ces tarifs : toute décision contraire à la politique de Donald Trump créerait d’importantes secousses.

Comment pourraient évoluer les marchés dans cet environnement ?

Ils profitent de vents favorables. Aux États-Unis, ils devraient être soutenus à la fois par une politique monétaire accommodante – avec la nomination probable à la Fed d’un président proche de Donald Trump – et par un soutien budgétaire – à travers le « one big beautiful bill act ». En Allemagne, au Japon et en Chine, un tel soutien budgétaire est également attendu. Au niveau microéconomique, les profits des entreprises pourraient progresser de 15 % aux États-Unis et de 14 % en Europe. Tout ceci pousse à être constructif pour les marchés actions en 2026. La grande interrogation est celle de la concentration des indices sur les valeurs technologiques américaines. Ce sont elles qui tirent les valorisations vers le haut : sans les 7 magnifiques, le S&P 493 présente des niveaux de valorisation en ligne avec la moyenne historique. Mais ce sont aussi elles qui tirent les profits : +28 % en 2025, contre 10 % pour le S&P 500 hors technologie. Cette concentration est porteuse de risque, mais il reste difficile de savoir s’il s’agit d’une bulle et, si oui, combien de temps elle prendra pour gonfler puis éclater.

Quelles seront vos priorités en termes d’allocation ?

Pour 2026, nous nous concentrerons sur deux thèmes. Le premier, c’est la diversification et la réduction du poids des actifs américains par rapport aux indices mondiaux. Nous nous intéressons aux économies émergentes et aux entreprises européennes. Même si l’Europe est dans une situation géopolitique très difficile – comme l’intervention récente des États-Unis au Venezuela et les menaces sur le Groenland le rappellent de manière brutale –, les entreprises européennes, elles, sont bien gérées et diversifiées. Nous continuons en outre d’investir sur la thématique de la défense et de la cybersécurité. Le second thème est de miser sur les actifs « anti-fragiles » capables de protéger contre une éventuelle baisse des marchés, après trois ans de performances élevées. C’est le cas de l’or, de certains métaux industriels (cuivre, uranium…) et de fonds alternatifs dits de « performance absolue » car conçus pour offrir une performance positive que les marchés montent ou baissent.

À l’inverse, souhaitez-vous vous tenir à l’écart de certaines classes d’actifs ?

Nous sommes réservés sur le dollar américain, qui pourrait continuer de baisser. Nous nous méfions des obligations de long terme : l’endettement des États américains et européens est à des niveaux très élevés, et les investisseurs japonais pourraient rapatrier leur épargne depuis ces pays car ils ont désormais des taux domestiques intéressants. Un seuil d’alerte à surveiller pour les bons du Trésor à 10 ans américains est celui de 4,5 %. Nous préférons les obligations d’entreprises de maturité courte afin de bénéficier d’une stratégie de portage avec un risque modéré. Par ailleurs, dans l’environnement actuel où il faut pouvoir être réactif et flexible, nous souhaitons conserver des portefeuilles liquides.

Bouton retour en haut de la page