L’inquiétude gagne les marchés du gaz et de l’électricité
Par Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie OMNEGY
Les prix à court terme ont fortement augmenté, en raison des craintes liées à la baisse des stocks, aux prévisions de températures plus froides et à la multiplication des événements géopolitiques.
Macroéconomie & Géopolitique : Donald Trump multiplie les tensions internationales en menaçant d’imposer des droits de douane contre plusieurs pays européens pour faire pression autour du Groenland. Les pays européens ont répondu en affirmant leur unité pour défendre leur souveraineté et celle du Groenland, et des exercices militaires européens ont été organisés dans la région, illustrant la montée des frictions entre alliés.
Ces menaces commerciales aggravent les relations transatlantiques et mettent en lumière la confrontation croissante entre les États‑Unis et leurs partenaires européens.
Parallèlement, l’Ukraine continue de cibler les infrastructures énergétiques russes, tandis que Washington envisage de durcir les sanctions contre les pays qui importent de l’énergie russe. Aux Amériques, les États‑Unis maintiennent une forte pression sur le Venezuela, allant jusqu’à saisir un sixième pétrolier dans les Caraïbes, ce qui souligne la volonté de Washington de contrôler les flux énergétiques stratégiques et d’exercer son influence dans plusieurs régions.
Aux États‑Unis, l’inflation annuelle de décembre 2025 est restée stable à 2,7 % et une hausse mensuelle des prix de 0,3 %, renforçant l’idée d’une pause des taux par la Fed malgré la pression politique. En zone euro, l’inflation a légèrement ralenti à 2,0 % après 2,1 % en novembre, tandis que l’activité économique montre une légère progression et que le chômage reste élevé à 6,3 %. Ces chiffres modérés signalent que ni la Fed ni la BCE ne sont pressées de modifier leur politique monétaire à court terme, et les marchés restent attentifs aux prochaines publications pour ajuster leurs anticipations.
Gaz naturel: +3,3% sur les prix pour 2027 et +29,9% pour les prix de février 2026
Les prix du gaz en Europe ont fortement progressé, soutenus par plusieurs facteurs qui se combinent entre eux.
Le froid attendu dans les prochains jours fait augmenter la demande pour le chauffage et l’industrie, tandis que les stocks restent bas pour la saison, ce qui inquiète les marchés malgré un approvisionnement toujours conséquent. En Allemagne et dans d’autres pays européens, les prévisions de chute des températures accentuent encore la pression sur les réserves qui ont atteint un niveau de 50,8% comparé aux 62,8% un an auparavant.
Parallèlement, les problèmes sur le parc nucléaire français obligent le pays à se tourner davantage vers le gaz pour produire de l’électricité.
Au final, le froid, les faibles stocks, les tensions sur l’offre et la forte demande se combinent pour maintenir le marché du gaz à des niveaux élevés.
Électricité : +4,1% sur les prix pour 2027 et +35,3% pour les prix de février 2026
Les prix de l’électricité ont subi l’impact de plusieurs facteurs, entraînant une hausse plus marquée à court terme qu’à moyen terme.
La progression des prix du gaz, liée à des événements géopolitiques persistants, combinée à l’augmentation des prix du CO₂, a exercé une pression continue sur les prix de l’électricité.
Les prévisions de températures inférieures de 1 à 4 °C aux normales saisonnières devraient influencer la demande, d’autant plus qu’en période de froid, la production éolienne ralentit.
Malgré l’arrêt de la centrale de Flamanville dû à la tempête Goretti, la disponibilité nucléaire reste élevée, autour de 60 GW.
Pour 2027 et 2028, les prix devraient progresser de façon limitée, les fondamentaux demeurant globalement favorables.
Pétrole : +1,60% sur le prix du pétrole brut
Le marché pétrolier termine la semaine de manière contrastée après de fortes variations. Les prix ont d’abord augmenté, portés par les inquiétudes liées aux tensions internationales. Ils ont ensuite reculé lorsque ces craintes se sont atténuées en fin de semaine. L’apaisement de la situation au Moyen-Orient a rassuré les investisseurs sur l’offre de pétrole. Cela a conduit à une baisse de la prime de risque intégrée dans les prix. Cependant, les conflits persistants et les pressions politiques sur certains pays producteurs continuent de peser sur le marché.
Co2: +2,77% sur le prix des quotas pour décembre 2026
Le marché du carbone continue de monter et reste à des niveaux élevés.
Cette hausse est liée à la progression des prix de l’énergie et à l’arrivée d’un temps plus froid en Europe. Les prix évoluent de manière stable, sans véritable baisse pour le moment.
Les investisseurs sont confiants et achètent massivement des quotas carbone.
Cette forte confiance peut toutefois devenir un risque si le contexte international se détériore. Les enchères régulières ne répondent pas à la demande qui reste forte et soutient les prix.
Charbon: +2,25% sur la tonne de charbon
Cette semaine, les prix du charbon en Europe sont restés globalement stables avec une production légèrement accrue en Allemagne. Ils ont, cependant, subit une pression à la hausse suite la forte hausse des prix asiatiques, soutenus par les perturbations de l’offre australienne liées au cyclone Koji et par la forte demande chinoise pour le charbon thermique.
Prix du gaz dans le monde :
En Asie, la demande de chauffage a poussé les prix à la hausse, en particulier au Japon et en Corée, où les importateurs ont cherché à sécuriser davantage de cargaisons. La combinaison d’une demande accrue et de tensions sur l’offre ont entraîné une dynamique haussière des marchés du gaz.

